Le graveur et goût du risque : la gravure en réduction

Dernière mise à jour : 10 août 2021

Faire une gravure “en réduction” nécessite de détruire petit à petit le support (bois, lino) à chaque fois que l’on imprime une nouvelle couleur. Il n’est pas possible de revenir en arrière et changer d’avis une fois qu’on a commencé : cette technique est risquée et convient à qui n’a pas froid aux yeux !


J’ai récemment participé à “Print Day in May”, un événement qui célèbre l’art de la gravure organisé par la California Society of Printmakers chaque premier samedi de mai. J'ai eu la chance de faire partie des gagnants 2021 en recevant un prix d'Artisan Media, un des sponsors de éventement.


A cette occasion, j’ai créé une gravure "en réduction" ou "à plaque perdue" et documenté le processus afin de le partager avec vous.

J'avais décidé de réaliser pendant cette journée spéciale, une linogravure, en m’inspirant d’un de mes croquis à la gouache de d’un bouquet de fleurs (en format A3). J’avais initialement prévu de réaliser une gravure en quatre couleurs : bleu clair, vert-jaune, vert foncé et bleu outremer. Pas de suspense inutile : j’ai dû changer mes plans en cours de route (la vie réelle a repris le dessus pendant la journée) ; j’ai finalement imprimé trois couleurs : bleu clair, vert clair, vert foncé en tentant de garder un esprit très frais et printanier.


Les étapes de préparation, comme toujours, ont pris beaucoup de temps...

La première étape, comme d’habitude, a pris beaucoup de temps… Il y a tellement de choses à faire avant de se mettre à réellement graver et imprimer : couper le papier, couper le support à la bonne taille, reporter le dessin à l’envers sur le lino…


Dans cette étape de préparation j’ai aussi préparé une planche et les feuilles de papier avec des sortes de pressions les “Ternes Burton pins and tabs”. C’est assez fastidieux mais très efficace par la suite pour bien caler les couleurs et permet d’éviter de jeter une grosse partie de l’édition pour cause de mauvais alignement…


Graver enfin !

Enfin, j’ai gravé le lino pour enlever toutes les zones qui devraient par la suite rester blanches une fois imprimées (à ce stade vous êtes déjà familiarisés avec l’idée que le cerveau du graveur fonctionne à l’envers n’est-ce pas ?)


J’ai ensuite appliqué la première couleur (bleu clair) sur le lino. Comme vous pouvez le voir, j’ai fait un effet dégradé avec une petite trace de rose pour que le fond ne soit pas trop ennuyeux...


Graver encore, le même bloc...

L’étape suivante consistait à tout nettoyer et ranger… et puis à enlever du même bloc de lino toutes les parties qui devaient rester bleu clair.

J’ai appliqué la deuxième couleur (vert clair) sur le lino et l’ai imprimée. J’ai tout nettoyé et rangé à nouveau et ai gravé un peu plus la même plaque en enlevant tout ce qui devait rester vert clair. J’ai ensuite appliqué la troisième et dernière couleur de la journée, le vert foncé et l’ai imprimée.


Et voilà la gravure finale, Maylody (11x15 cm sur papier Fabriano Unica blanc15 x 21). Il y avait 27 papiers préparés ; l'édition est de 20. Si je voulais en imprimer 20 de plus, ce ne serait pas possible car une partie du bloc de lino a été détruite au cours du processus.


Il existe une autre façon de faire une gravure à plusieurs couleurs : préparer plusieurs blocs, un pour chaque couleur. Cela permet de faire plusieurs éditions et même de changer d’avis en cours de route et faire une édition variable par exemple… Si vous continuez à me suivre, je ferai un billet, un jour prochain, sur cette technique.


J’espère que ce billet vous a plus. N'hésitez pas à commenter et poser vos questions !

 

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