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Le Grand atelier, un séminaire de collaboration riche en expérimentations plastiques

Une expérience de collaboration artistique vue de l’intérieur



Florence Jalice © AFTAB - Photo Julien Soufflet
Florence Jalice © AFTAB Photo Julien Soufflet

Le Grand Atelier est un séminaire de collaboration entre artistes et artisans d’Art, bisannuel, organisé par l’Association Française pour le Tournage d’Art sur Bois, l’AFTAB (voir ci-dessous). Sa sixième édition a eu lieu du 29 juin au 5 juillet 2026  à Aiguines dans le Var, au sein de l’école Escoulen, école de tournage sur bois. 


Dans cet article, je relate de mon expérience de “séminariste” : comment mes pratiques de gravure et d’impression ont-elle pu trouver leur place au sein de cette ruche vrombissante et chaleureuse ? 





Le contexte : artisans d’art et d’artistes se rencontrent pour co-créer


Le Grans Atelier 2026 - Affiche

Le Grand Atelier cherche à favoriser les échanges entre les créateurs pour réaliser des œuvres à plusieurs mains ( présentation sur cette page. Film en anglais sous-titré en français ici).

Pendant 5 jours, artistes et artisans d’art créent en commun. Cet environnement rend possibles toutes sortes de combinaisons de matières et de savoir-faire. Il n’est pas attendu d’être centré sur la production mais sur le plaisir du partage et de la découverte. 


Lors de cette sixième édition, nous étions une vingtaine, tourneurs sur bois, bijoutière-lapidaire, sculpteurs (sur bois, métal, béton…), ébénistes, aciériste-céramiste, brodeuse, laqueuse, modiste, feutrière, plumassière, doreuse, artistes textiles, graveuse, plasticiens... prenant part à cette aventure humaine et artistique. Nombre de participants excellaient dans plusieurs techniques, faisant dialoguer dans leur propre création, plusieurs matières…


En fin de semaine les œuvres créées à plusieurs mains sont mises en enchère afin de contribuer au financement de l’aventure. On peut voir des exemples de créations de cette édition et des précédents sur cette page.


Que prendre avec soi lorsqu’on fait un voyage vers l’inconnu ?


C’était ma première participation, que devais-je emporter dans mon baluchon ? Comment mon activité de création d’estampes allait-elle s’insérer dans des œuvres à plusieurs mains ? Mes choix se sont portés sur :


  • plusieurs types de supports pour les matrices : du linoléum que j’ai l’habitude de travailler, du vinyle à graver, bien adapté à la fabrication de tampons et à l’impression  textile, ainsi que plusieurs plaques de contreplaqué japonais spécial gravure,

  • différentes sortes de papier, du tissu,

  • deux sortes d’encres, une encre à l’huile “classique” et une conçue spécifiquement pour l'impression sur textile. J’ai aussi pris un pot de pigments rose fluo, car, pensais-je, on ne sait jamais. L’histoire a montré qu’en effet, on ne sait jamais.


Comment lancer la collaboration ?


Comme l’appétit vient en mangeant, la collaboration vient en collaborant ! Au grand atelier : 


  • certains imaginent une œuvre collective et lancent un appel à participation,

  • de l’observation du travail des pairs, naissent des idées, des projets,

  • un espace “recyclerie” offre des matériaux pouvant être utilisés dans des créations,

  • l’observation des gestes, le contact avec les matières, donne assurément des idées.


Les artisans qui ont déjà participé initient beaucoup de collaborations et le travail est rapidement lancé. Le rythme s’accélère de jour en jour et même de nuit en nuit pour que tout soit prêt le jour de la vente aux enchères.


Un itinéraire s’éloignant progressivement de mes pratiques habituelles de création


Lors d’une première participation au Grand Atelier, on prend ses marques. Au fil de la semaine, mon cheminement créatif s’est progressivement éloigné de ma route habituelle. C’est un peu comme si j’avais pris des sentiers de plus en plus secrets et tortueux pour finalement arriver à un endroit inconnu mais qui valait la peine d’être découvert !


Dans un premier temps, je suis restée en terrain familier 


J’ai gravé sur bois un paysage évoquant le lac de Sainte-Croix vu depuis le village d’Aiguine. Cette matrice une fois imprimée, a été utilisée pour être présentée comme un bas relief ; elle a donc été transmise à une artisane doreuse : le lac offre désormais des reflets éclatants tel qu’on peut l’imaginer au soleil couchant. Puis un artisan sculpteur sur métal a découpé une plaque d’acier afin que la matrice puisse être présentée en “encadrement flottant” sur un support à l’aspect brut. L’objet final est tout en contrastes ; fragilité du bois et robustesse du métal, brillance raffinée de de la dorure et simplicité de l’acier brut, velouté de l’encre sur la surface de la matrice et aspect accidenté des traits de gouge dans le bois.


Avec cette matrice, j’avais imprimé l’estampe sur papier. Le papier a ensuite été brodée au fil fluorescent puis marouflé sur bois. Elle est attachée par un discret et ravissant dispositif en crin synthétique, rehaussé d’une grosse paillette : l'œuvre finale est une collaboration à huit mains.


Enfin, j’ai créé une petite estampe, à la pointe sèche sur un emballage en tétra pack de récupération ; imprimée sur papier, elle a été rebrodée de perles et de paillettes puis encadrée d’un fil crocheté. Six mains sont intervenues sur l’objet final.


  • Impression d'une matrice en bois - ©AFTAB photo Julien Soufflet
  • Matrice et son impression
  • La maison sans racine gravure sur bois brodée - © AFTAB photo Julien Soufflet
  • Dorure de la matrice - © AFTAB photo Julien Soufflet
  • Qu'importe l'heure sombre ou claire - © AFTAB photo Julien Soufflet
  • Saisir l'instant - © AFTAB photo Julien Soufflet

Au fil du temps, j’ai utilisé des supports nouveaux pour moi, à la demande d'artisans curieux et créatifs


  • Un artisan d’art a créé un tampon en bois tourné texturé. Je l’ai imprimé sur du papier puis sur du bois de placage. Ces deux éléments imprimés ont par la suite trouvé leur place dans des œuvres collectives pleines de fantaisie.

  • Une artisane feutrière m’a proposé d’imprimer de l’organza de soie. Elle l’a alors feutré et intégré à une série de délicates décorations murales en zinc.

  • Encore plus surprenant pour moi, un carreau de plâtre a été incisé par deux participants. Ils m’ont alors proposé d’imprimer cette matrice sur du papier puis sur différents textiles. J’ai pu constater que le plâtre se comporte volontiers comme une matrice et que les incisions du matériau s’impriment avec fidélité sur les supports choisis.


Si l’on fait un bilan rapide de la semaine, il s’avère qu’en termes de collaboration, c’est l’impression, plus que la gravure, qui a été source de nombreuses co-créations.


Pour finir, ces journées ont initié un travail d’expérimentation avec le matériau “laque” : peut-on imprimer sur un support laqué ? Quelle matière utiliser pour la  matrice et quel type d’encre ? Certains essais n'ont pas été concluants ; d'autres, en revanche, sont prometteurs. Cette recherche suit son cours.


  • Impression d'organza de soie
  • La folie du carreau en zinc usé lot n°1 - © AFTAB photo Julien Soufflet
  • Préparation de l'impression d'un carreau de plâtre sur textile
  • Tentacules marionnettistes - © AFTAB photo Julien Soufflet
  • Funky family - © AFTAB photo Julien Soufflet

Des ateliers permettant d’appréhender les techniques des autres participants


Cette semaine d’immersion a aussi été l’occasion de s’essayer au tournage du bois et à d’autres techniques sous le regard patient et bienveillant des professionnels présents. J’ai eu la joie de faire découvrir la linogravure et la gravure sur tetra pak dans une ambiance très libre et très joyeuse.


La collaboration artistique, un infini potentiel de créativité


Impression sur laque © AFTAB photo Julien Soufflet
Impression sur laque © AFTAB photo Julien Soufflet

Lors de ce séminaire, je suis sortie de ma zone de confort. J’ai travaillé des matériaux inattendus, plus ou moins précieux, comme le plâtre, la soie et la laque. 


La gravure a trouvé sa place là où je ne l’attendais pas forcément. Le processus d’impression a été un vecteur fort (et ludique) de co-création.


La collaboration artistique a permis de faire naître des œuvres que personne n’aurait pu imaginer seul. Je quitte Aiguines en étant plus attentive aux rencontres et à leur potentiel de créativité en commun.



L’Association Française pour le Tournage d’Art sur Bois a pour mission de promouvoir l'art du tournage sur bois. Aujourd’hui, le tournage d’art sur bois est plus dynamique que jamais. La diversité des techniques, l’originalité des formes, des couleurs témoignent de la maîtrise acquise et de l’enrichissement sans cesse renouvelé.


L’AFTAB a pour ambition d’être un lien entre les professionnels, artistes et artisans, les tourneurs amateurs, les marchés, les galeries et lieux d’exposition, les musées, les administrations, les écoles et les secteurs des métiers d’art.


Les objectifs de l’Association :

  • Développer et promouvoir une culture de l’objet d’art tourné sous toutes ses formes

  • Être un relais d’information pour tous les partenaires du tournage.

  • Aider les tourneurs dans la reconnaissance de leur métier et de leur art.

  • Apporter une aide pour la diffusion des produits.

  • Mettre en commun les moyens.

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